Gustaf FJAESTAD

(Stockholm, 1868 – Arvika, 1948)

Arbres gelés au crépuscule

Huile sur toile

110 x 132 cm

Signé en bas à droite : G Fjaestad

 

Provenance

– Bukowski Auktioner, Stockholm, vente n° 450, 7-10 avril 1987, lot 37

– Stockholms Auktionsverk, Stockholm, 2 juin 2015, lot 2078

 

Don de la SAMO Décembre 2017 

 

À la fois athlète, peintre, dessinateur de tapisserie, créateur de mobilier, ou luthier, Gustaf Fjaestad est parvenu à se distinguer d’une part au sein de son propre pays, en sculptant des chaises, des fauteuils et des tables inspirés par l’Art nouveau et adaptés au goût scandinave, mais également aux États-Unis où ses peintures de paysages enneigés, exposées en 1913 à New York, suscitent un extraordinaire engouement et provoquent la constitution du Groupe des Sept, relais essentiel et moteur pour l’histoire de la peinture de paysage au Canada et dans le Nord des États-Unis. Avant de devenir peintre, Fjaestad pratique le cyclisme et le patinage de vitesse de haut niveau et fait partie de l’élite sportive suédoise. Il s’illustre en particulier en devenant recordman mondial du mile anglais de patinage de vitesse (1891) et en remportant l’une des plus importantes courses scandinaves de vélo (Mästerskapsridt, 1892). Mais c’est à une carrière artistique qu’il se destine lorsqu’il intègre l’Académie des beaux-arts de Stockholm, cursus qui l’amène à fréquenter rapidement les ateliers de deux artistes majeurs de la fin du XIXe siècle : Bruno Liljefors et Carl Larsson. Il collabore d’ailleurs avec ce dernier en 1893 pour la réalisation de décors du Musée national de Stockholm. La première présentation publique de ses peintures a lieu en 1898 dans le cadre d’une exposition organisée par l’Union des artistes, tandis que sa première exposition personnelle, qui mêle peintures et pièces d’artisanat, démontrant ainsi son intérêt pour les traditions folkloriques, se déroule dix ans plus tard à Stockholm. Ses oeuvres sont présentées à de nombreuses reprises en Allemagne, en Angleterre, puis en Suède, évidemment, et reçoivent un accueil enthousiaste, ce qui lui assure une grande popularité et une indéniable réussite économique.

 

Gustaf Fjaestad a très peu travaillé dans la capitale qu’il a quittée dès 1898 pour fonder un groupe d’artistes à Rackstad près d’Arvika (région du Värmland) dans l’Ouest de la Suède. Constitué de sa femme, tournée vers l’art du textile, et de plusieurs artistes désireux d’établir un contact fort avec la nature, le groupe de Racken s’attache à peindre la beauté des grandes étendues et les paysages vallonnés et découpés qui fondent l’identité suédoise. Fjaestad y reste très attaché durant toute sa vie et sera particulièrement identifié au motif du paysage enneigé dont il propose des dizaines de variations en empruntant des compositions et des cadrages souvent très audacieux. Sa constance dans le choix des sujets et dans leur traitement formel rend difficile la datation des peintures.

 

 

Traité avec la technique divisionniste, fréquemment employée par Fjaestad avant 1915, notre tableau se distingue clairement des productions plus décoratives tardives, par l’originalité et la qualité de sa mise en page que l’on observe dans les peintures d’avant-guerre représentant la transparence de l’eau des cours d’eau vus en plongée ou les arbres pris dans une gangue de glace. L’artiste expérimente, recherche, en proposant un point de vue inédit – les branchages du premier plan forment un écran sur les trois quarts de la toile –, puis en découpant son motif avec un réseau de cernes s’opposant à la vibration des touches bleuté-gris qui animent la surface. Pour saisir les paysages emblématiques du Värmland, Fjaestad fait subir une stylisation aux motifs naturels, un effet de simplification qui donne une grande présence au sujet, afin d’arracher une part du mystère de ces vastes territoires. Il occupe une place singulière au sein du mouvement symboliste qui touche l’Europe entière, dont la Scandinavie par l’intermédiaire des dramaturges (Strindberg, Ibsen) qui sont particulièrement influents sur les arts visuels. Contrairement au Finlandais Akseli Gallen-Kallela, intéressé par l’épopée finnoise, Fjaestad confronte le spectateur au paysage pour lui-même et use de stratégies purement picturales (le chromatisme, l’application de la matière) pour symboliser le caractère éphémère de l’existence et son renouveau.