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Maurice Denis, L’ Offrande au calvaire, vers 1890

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Maurice Denis (1870 – 1943),
L’Offrande au calvaire,
vers 1890.

Jusqu’ici : collection particulière, Dominique Denis puis Claire Denis, descendants de l’artiste ;
2014, achat par la Société des Amis des musées d’Orsay et de l’Orangerie ;
2014, don de la SAMO pour le musée d’Orsay, Paris.
Huile sur toile, 32 x 23,5 cm.
Crédit photo : © Musée d’Orsay / Patrice Schmidt.

Cette œuvre appartient à cet ensemble de “belles icônes” de petits formats qui jalonnent l’œuvre de Maurice Denis au début des années 1890. Elle a pour contexte le développement du mouvement “nabi” (“prophète” en hébreu et en arabe) qui réunit autour du jeune Denis à la toute fin des années 1880 Bonnard, Vuillard, Sérusier ou Ranson.
Denis publie un texte qui passe pour le manifeste du groupe et qui est resté célèbre pour sa première phrase : “se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées”. Cette œuvre reflète ce principe qui affirme la primauté des composantes plastiques du tableau sans pour autant congédier le sujet ou en appeler à l’abstraction. La formule appelle au contraire à une intense exploration des moyens dont dispose le peintre, la surface, la couleur et la composition, pour en tirer une puissance expressive maximale. Cette quête suscite des œuvres expérimentales dont le tableau proposé ici à l’acquisition est exemplaire.

Les protagonistes de l’Offrande au calvaire tournent le dos au spectateur. Denis représente ici une foule, réduite à des alternances d’aplats colorés, qui expriment une progression spirituelle, du noir au blanc en passant par le rouge sang, rappelant l’inscription sur la base du calvaire : “j’ai versé telles gouttes de mon sang pour toi” (tirées des Pensées de Pascal). Seule la jeune femme au premier plan portant l’offrande de fleurs est individualisée. Son profil et sa chevelure font penser à Marthe Meurier, qui deviendra l’épouse du peintre, et pour laquelle il nourrit un profond amour. Comme dans Vision du sermon de Gauguin (Edimbourg, National Gallery of Scotland), que Denis a pu admirer un an auparavant, réalité et vision se mêlent. Denis en effet ne sépare pas les registres terrestre et céleste. Anges recueillant le sang versé, Christ sur la croix, fidèle implorant en rouge à droite, sont simplifiés à l’extrême et réduits à des aplats de couleurs vigoureusement cloisonnés. On observe toutefois une progression entre les fidèles du tout premier plan que l’on peut encore distinguer entre eux, et les oranges qui forment des vagues colorées, étagées et cernées de noir, telles des matérialisations de la ferveur des croyantes du premier plan. Le spectateur est invité à assister à la manifestation du sacré. Sujets et moyens formels se rejoignent. L’art a précisément vocation à exprimer l’Invisible selon Denis, à suggérer plutôt qu’imiter.

A tous ces titres, cette œuvre, bien connue et ayant figuré dans de multiples expositions internationales, est exceptionnelle.

Elle appartient à la période la plus recherchée de Maurice Denis et de la création nabie, celle du début des années 1890, lorsque les peintres rivalisent d’audace pour explorer de nouvelles voies et formes artistiques. Quand les nabis se réunissaient, “chacun devait apporter une icône, c’est-à-dire une esquisse dont la composition devait être aussi peu banale que possible”, se souviendra Denis. Sa construction, son refus absolu du réalisme, et ses coloris pré-fauves, rangent ce tableau parmi les réalisations les plus radicales de la fin du XIXème siècle.

Maurice Denis, Montée au calvaire, en 1889. ©photo musée d'Orsay / rmn

Maurice Denis, Montée au calvaire, en 1889. ©photo musée d’Orsay / rmn

Si Orsay conserve deux œuvres de ce type par Denis (Tâche de soleil sur la terrasse et Montée au calvaire), l’acquisition de ce tableau sans équivalent dans nos collections, ferait du musée la collection de référence, esquissant une autre histoire des sources du XXe siècle.

Enfin, l’histoire de cette œuvre fait écho à celle de la SAMO : L’Offrande a en effet été conservée jusqu’à présent par les descendants de l’artiste, Dominique Denis, puis sa fille Claire, qui la propose aujourd’hui à la vente. Dominique et Claire Denis se sont engagés aux côtés des musées français et ont oeuvré à la connaissance du peintre par la création du musée Maurice Denis au Prieuré, à Saint-Germain-en-Laye, mais aussi par des dons, des dations, des prêts aux expositions temporaires et leur participation à des sociétés d’amis de musée, comme celle du musée de Pont-Aven et du musée d’Orsay en particulier.

Sylvie Patry, conservateur au musée d’Orsay.

Categories: Acquisition, Peinture

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